AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion
Enfers & Damnation
Une nouvelle intrigue : Une maladie, un virus, bien étrange ravage la communautés des vampires.
Fièvre, Hallucinations, Vomissements, Coma, Soif de Sang, Sautes d'Humeurs, ... sont au Rendez-vous.

Nous avons une surpopulation de vampires ~ Tentez de favoriser les humains, ou bien la Damnés Ahmès & Akai Yume

Partagez | 
 

 « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]

Aller en bas 
AuteurMessage
Kira Vlasievski

avatar

Messages : 68

MessageSujet: « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]   Dim 10 Jan - 17:51

Depuis peu je fais des rêves étranges, mais je me demande parfois si ils sont réels. Des bribes d'instants vécus ou fantasmés repassaient inlassablement dans ma tête à la manière d'un mauvais film en accéléré, et je ne parvenais pas à interrompre leur flux incessant.


1. Lena.

Je revois son visage, la faiblesse de son corps et son regard implorant ce soir de novembre. Je sens ses bras froids entourer ma nuque et sa voix murmurer de manière à peine audible, comme si elle se refusait à entendre ses propres paroles « Pardonne-moi, Kira, pardonne-moi ». Je suis impuissant. Les propos de Lena se déforment et deviennent incohérents « Pardonne-moi Kira, pardonne l'immortalité à laquelle je te condamne comme je te pardonne la lâcheté avec laquelle tu m'as abandonnée après m'avoir secourue. Petite Fille, je te pardonne l'abîme insondable dans lequel ta mort m'a plongée. Pardonne-moi Kira, Kira, Kira … » et puis Lena, ses excuses suppliantes et sa beauté irréelle s'évanouissent dans le néant. Pourquoi, pourquoi m'accabler de souvenirs tels que ceux ça au moment où je tente, avec l'aide précieuse de mes semblables, de m'en débarrasser ? Parce que ce n'est pas elle je j'enlace. Ce n'est pas à elle non plus que je destine les paroles murmurées à l'oreille de celles qui se perdent dans mon lit, ce n'est pas contre sa joue que j'appuie la mienne, ni sa taille fine que je ramène à moi. Je ne sais pas si les souvenirs revêtent le caractère de l'éphémère mais il est des fois où je le souhaiterais. La logique voudrait que je me persuade de cette affirmation et pourtant, au fond de moi, j'ai conscience que je ne désire pas t'oublier Lena. Si tel est le cas, mon entreprise actuelle, celle qui consiste à retrouver mon statut d'humain afin de t'extirper de mon crâne, n'a plus aucun sens puisque, malgré moi, je veux que tu y demeures. Mes activités en plus d'être ridicules aux yeux de mes sembables se doublent d'une seconde tare : leur inutilité. Je maudis ma stupidité et mon incohérence. Kira V, 400 ans, imbécile de son état.

Le souvenir de Lena me tire de mon sommeil léger. Je me sens lourd et ma tête me pèse atrocement. La voix de Lena résonne encore dans mon esprit, comme un écho lointain que rien ne parvient à atténuer. Pardonne-moi Kira, pardonne-moi, pardonne-moi … Un étau semble comprimer ma boîte crânienne, j'ai la sensation que son implosion est imminente. La fièvre me plonge dans un délire inextricable. Les vampires ne sont-ils pas supposés être invulnérables ? Retrouverais-je grâce à ce mal mystérieux, une sorte d'humanité ? Ma réflexion est alors noyée par une nouvelle vision sans que j'aie pu la mener à terme.

2. Le Village

Un vol de corbeaux fend le ciel orageux que les nuages sombres obscurcissent. Une sensation oppressante m'envahit, comme si j'allais disparaître, noyé dans les ténèbres et les cris déchirants des oiseaux. Ils se rapprochent de moi, leurs silhouettes spectrales recouvrent la mienne et comme une marée, submergent les maisons, le lac et bientôt, la ville entière n'est plus qu'une ombre. Leurs yeux vides, dénués de vie, semblent me fixer inlassablement. Je pourrais sentir jusqu'à leurs exhalaisons nauséabondes, mais la peur m'étreint et le souffle me manque. L'apparition d'Annouchka immense, lumineuse, s'éloigne peu à peu me laissant seul dans l'obscurité.

Je me réveille, en sueur, les yeux révulsés et haletant comme un chien apeuré. J'avais presque oublié ceux qui hantent à présent mes rêves. 400 ans me séparent d'eux, Lena erre toujours probablement et le village n'existe sans doute plus, alors pourquoi ces souvenirs me reviennent-ils si soudainement, à quelques heures d'intervalle ? Je ne peux me rendormir : des instants que j'aurais préféré enterrer à jamais risquent de resurgir à leur tour. Je lève péniblement, un mal de crâne insupportable me saisit. Je ne suis même plus capable de me tenir droit, de regarder un point fixement puisque ma vision se trouve troublée. Je franchis tout de même la porte de l'appartement sans avoir aucune idée de ma destination.
La nuit, c'est comme si la vie était suspendue. La mienne l'est depuis longtemps, et à présent, les mortels semblent me rejoindre. Immuable, la ville les enveloppe et, ensevelis dans le sommeil, les humains ignorent tout de la vie nocturne. La fatigue ne m'atteint pas alors j'erre, et contrairement à eux, je me nourris de la nuit. J'absorbe quantité de détails afin de tromper la morne platitude des jours, des semaines, des années de non-vie que j'endure. Il n'y a rien dans ce monde qui puisse m'offrir un simulacre de ce que fut mon existence, rien qui puisse me rappeler avec précision mes émotions humaines puisque celles que j'éprouve désormais se limitent à l'ennui, à la lassitude et au pathétisme que m'inspire la vacuité de ma vie. J'exècre mes semblables et j'envie les hommes, l'ordre naturel s'inverse tandis que ma situation demeure.
Je marche, sans savoir où je vais mais cela n'a pas d'importance : on ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va. Où que j'aille, personne ne m'attend, mon existence importe peu et je ne vis que par obligation. C'est à peine si j'arrive à apprécier la beauté de la lumière lunaire ou si je sens la brise effleurer mon visage. 400 ans de solitude ont engourdi mes sens et j'ignore si je suis encore capable de ressentir quelque chose. Au fond, je suis une enveloppe vide, mais habitée. Je mentirais si j'affirmais avec certitude que je connais la nature de cette force qui m'anime. Pourtant, j'ai toujours su mentir admirablement de manière à transformer l'homme le moins dupe en un individu parfaitement crédule. J'ai feint l'indifférence tandis que Lena habitait encore mon esprit. J'ai simulé l'acceptation de mon sort, de mon destin de vampire et du rôle qui m'était assigné afin de concrétiser mon appartenance aux Autarkis. Et maintenant, au cœur de la vie sans but que je mène, je poursuis ma brillante carrière de menteur, extraordinaire capacité qui contribue en large partie aux succès résultant de mes approches séductrices dont le seul but est d'assurer ma subsistance. Je leur promets l'éternité et leur offre l'éphémère. Je les plonge dans le rêve pour les faire sombrer dans le cauchemar. Je leur jure amour et fidélité et les condamne ensuite. Je suis devenu un virtuose du mensonge, un prodige de contrôle de ma personne puisque j'arrive sans mal à masquer mes véritables desseins aux dépends de mes intentions apparentes. Je ne sais pas si je dois m'en féliciter. Toute personne normalement constituée condamnerait ma conduite odieuse et pourtant, je ne suis pas convaincu du mal qu'incarne le mensonge. Nous mentons tous pour une bonne raison. Nous avons tous des bonnes raisons.
Mon mensonge de la soirée consiste à me persuader que je ne marche pas sans raison, que mes pas me porteront en un lieu et que là bas, je trouverais un sens à ma soirée. Je m'arrête et contemple l'endroit où je me trouve : un cimetière. Quelle ironie pour un être qui ne connaîtra sans doute jamais plus la mort. Instinctivement, je pousse la grille rouillée et pénètre à l'intérieur. Les tombes succèdent aux tombes, des statues de pleureuses se dressent parfois. La Lune éclaire leurs visages blafards et leurs ombres s'étendent au sol, infinies. Je finis par m'adosser à un arbre imposant dont le feuillage ombrageux me préserve de la lumière qui m'aveugle désormais.
J'attends, comme toujours puisque ma vie se résume à l'attente de quelqu'un que je connais sans doute pas. Cette pensée a quelque chose de grotesque, d'absurde et d'irréel.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gwenael Bowen

avatar

Messages : 10
Age : 29

MessageSujet: Re: « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]   Jeu 18 Fév - 23:04

    « Tandis que mon corps n’est plus qu’épave, je cherche en vain de m’accrocher à la vie. »


    Sensation de picotement qui embrouille tous mes sens. La vie n’a jamais été qu’un mot, j’en ai la conviction amère et douloureuse. Elle n’a jamais été qu’un mot. Pour moi, en tout cas. Un mot fatidique, un mot remplis d’un espoir vain et inefficace. Parce que l’espoir fait avancer et mes pieds, eux, sont toujours englués dans la mêmes boue, les mêmes sables mouvants. Je m’accroche donc à quelque chose d’inutile. J’ai longtemps aimé dire que la vie ne pouvait pas être sans l’existence et réciproquement. Je ne connais aucun des deux, comment puis-je seulement l’affirmer ? En vérité, je lance juste de jolis mots les uns à la suite des autres mais n’en connaissant pas les sens diverses, je ne peux assurer leur réalité. Réalité… Encore un mot compliqué. En y pensant, les mots ont été désignés pour décrire les choses, nous savons tous qu’une pomme est une pomme, le soleil et le soleil. Mais toutes ces choses irréelles, sans visage ni texture, pouvons nous réellement les nommer. Vie, réalité, jalousie, douleur… J’essaye sans cesse de donner de la valeur au mots alors que les mots sont justes créés pour désigner. Les langues se sont perdues à partir du moment où l’on a voulu nommer l’innommable.
    Et encore une fois, dans mon esprit confus, je tente désespérément de m’amener à de la philosophie ou que sais-je ? J’ignore la philosophie, j’ignore la noblesse des gens qui savent penser correctement sans se contredire sans cesse eux-mêmes. La clarté n’existe pas chez moi non plus, mon monde est aussi brouillon que du crayon gras sur du papier grainé. Ratures, essais, et finalement on n’arrive à rien qu’à des traces de gomme vulgaires qui gâchent parfaitement la valeur de l’œuvre. Sauf que chez moi il n’y a pas d’œuvre.

    Peut-être que je pense ainsi pour tenter de comprendre le néant qui m’habite. En fait, ce néant était peut-être ce que j’attendais le plus de ces derniers jours. Mon quotidien n’avait jusqu’alors absolument rien de palpitant, métro, boulot, dodo. Comme pour toutes ces personnes toutes pareilles qui m’entouraient. Sans doute parce que j’étais toute pareille à elles. Et ça, c’est triste à pleurer, après avoir tant tenté la différence. Bref, là n’est absolument pas le sujet. Comme d’habitude, lors de ma solitude, je pensais à en avoir mal au crâne, je méditais sur la vie, etc., - comme j’ai encore pu le faire plus haut, d’ailleurs. Mais il existait des moments doux et agréables où je vivais avec elle, où je me sentais être quelqu’un quand nos rires résonnaient pour des conneries – étions-nous seulement capables de dire autre chose que celles-ci ? J’en doute fort. J’aimais être avec elle, parce qu’après tout, en sa compagnie, j’avais l’illusion de vivre et d’exister. Elle me passionnait. Et malgré son jeune âge, je découvrais en elle tout ce que j’avais voulu être, tout ce que je voulais être et que je ne serai jamais. Je craignais son absence plus qu’un enfant craint le noir, et pourtant il fallait bien attendre quelques temps, parfois, pour être vraiment ensemble, nos horaires faisant que nous ne nous croisions seulement. Je ne connais pas exactement ce que c’est l’amour, mais si j’ai été une seconde amoureuse, c’était sans doute d’elle.
    Je parle d’elle au passé comme si elle avait quitté ce monde, en vérité j’ignore même où elle se trouve. Quand je suis rentrée, ce jour là, après une nuit à passer chez ma mère et une journée de travail intense, elle n’était pas là… Et la première sensation qui m’a traversée était celle du vide profond qui peupla mon monde uniquement constitué d’elle quand je rentrais le soir. Je me disais que ses horaires avaient peut-être changé et qu’elle reviendrait, je me suis nourrie par devoir et l’ai attendue toute la nuit. Et plus les secondes passaient plus le vide en moi se transformait en une sorte de panique causée par ma paranoïa extrême. Je me sentais comme une enfant qui avait de plus en plus la sensation que sa mère venait de l’abandonner. Je lui sonnais mais ça ne répondait pas. J’essayais de me dire à moi même ce qu’elle aurait été susceptible de me lancer : « Vive la confiance, hein. », « Parano »… Rien ne fonctionnait, j’allais au travail avec des cernes sous les yeux, les cheveux mal-coiffés et sales, sans avoir pris la peine d’accorder mes vêtements correctement.

    Pendant les jours qui suivirent, différentes phases me prirent, cette fois-ci je ne pouvais plus être paranoïaque mais bel et bien réaliste. Je contactais les gens qu’elle connaissait et côtoyait, je téléphonais à son job, mais tous me répondirent la même chose, qu’ils n’avaient aucune nouvelle. Alors je contactais la police et me laissait aller à un désespoir sans nom. Je me sentais pitoyable d’agir ainsi, je me demandais comment on faisait pour agir comme ces héros de cinéma qui recherchent leurs amis disparus avec une volonté à toute épreuve. J’en venais à me dire que je ne la méritais pas. Elle avait cette valeur presque irréelle pour moi, la seule chose qui me rattachait encore au monde de façon plus ou moins concrète, si je la perdais elle, je perdais l’univers entier et j’ignorais si ma bulle serait suffisante à ma survie. Malgré mes questions perpétuelles sur la vie, je espérais toujours cette dernière avec la force d’un drogué en manque qui se bat pour une dernière dose. Si Angelika disparaissait, tous mes espoirs tombaient à l’eau.

    Et regardez-moi, au bout de quatre jour, comme si j’avais tout perdu alors qu’il ne s’agissait que d’une personne. Je n’ai quasi pas pleuré son absence, comme si les larmes étaient à un stade d’émotion trop élevé encore pour ma pauvre âme. J’ai cru bon d’essayer de combattre ma solitude en me rendant chez cette mère trop peu maternelle. J’espérais vainement qu’un soupçon de vie me réanime. Je ne suis déjà plus qu’un misérable zombie qui s’accroche à la moindre personne qui passe comme une tique à sa proie. Et tous les reflets me disent que je suis laide avec mes cheveux réunis en une queue unique, mèches dans le visage, maquillage à moitié effacé, air pâle et maigris. Cette femme dont je suis la progéniture n’a rien soulagé à la détresse qui m’habite, qui m’habitait plutôt, au point de m’anéantir totalement à un état proche de celui qui végétal. Alors surgit le dernier recours, mais à jamais le meilleur…

    En fait, je viens souvent ici… Il faut dire que la présence des vivants ne semble pas capable de m’apaiser autant que celle des morts. Je me traîne presque par automatisme jusqu’à la tombe que je connais si bien, je m’y assied et c’est comme si j’avais couru parce que tout mon souffle contenu durant ces derniers jours semblent me revenir. Je me dis que 4 jours ce n’est rien, après tout, et qu’elle reviendra, oui, j’en ai la conviction. Je frôle du bout des doigts le prénom de mon père et mon expression doit sembler provenir du profond pathétisme. Cette exagération des sentiments. Je glisse ma capuche de mon gilet trop large sur mon crâne et appuie mon front contre la pierre froide, semblant convaincue que le sommeil ne peut me revenir qu’ici. Je finis par me retourner pour poser mon dos contre les lettres gravées, comme ci je voulais qu’elles me brûlent pour me réveiller. Je pose mon front contre mes genoux et c’est comme si j’attendais quelqu’un. Comme si la perte engendrait le besoin d’autrui pour la consoler. Et une pensée proprement ridicule me traverse la raison, que ce n’est pas son absence qui me rend ainsi mais le fait que je n’ai plus personne pour me montrer ce qu’est la vie. A 21 ans, je me sens comme une ado perdue au milieu de kilomètres de vide, de rien, de noir. Je me rend seulement compte que peut-être que mon silence est le seul responsable, que si j’avais gueulé tous ces malaises à l’âge où on est censés les gueuler, peut-être que je serai une femme moins tourmentée maintenant. Tourmentée juste parce que je ne suis rien. C’est vraiment pitoyable.

    Je finis par redresser la tête, j’humidifie mes lèvres sèches d’un coup de langue et tente de canaliser mon esprit et de ne plus le laisser divaguer. Si je ne suis rien alors pourvu que le rien m’envahisse un instant, je suis comme un trou ouvert à toute sorte de sentiments dont les autres ne veulent pas. Je suis la poubelle, mes pensées sont les déchets. Si c’est ça ma vie, je ne suis pas sûre de toujours en vouloir. Mon regard se pose sur une silhouette et un frisson se glisse le long de ma colonne vertébrale. La température n’est pas vraiment idéale. Mes yeux me semblent douloureux à fixer cette personne dont je ne distingue rien que le vague contour, mais je n’arrive pas à regarder vers un autre point. Comme si je cherchais à tout prix de me découvrir un talent incroyablement bien enfouit qui consisterait à discerner les ombres dans le noir. Je devrais m’inquiéter un peu, qui donc à part une fille de mon niveau intellectuel relativement bas pourrait vouloir se balader ici en pleine nuit ? Je suis stupide, après tout, pourquoi devrais-je donner une raison à un fantôme qui disparaîtra de ma vie à l’instant où je fermerai les yeux…
    Mais mes paupières ne se ferment que trop brièvement, juste par nécessité et alors je me sens tout à fait réveillée et décontenancée par cette présence qui trouble juste l’aspect vide de vie de mon entourage actuel. Je n’ai pas peur. Je constate avec surprise qu’à ce point plongée dans l’apathie, j’arrive encore à éprouver un sentiment si commun que la curiosité.

    Alors cette sensation me rassure. Parce que je me rapproche de cette normalité qui, avant de disparaître de mon mode de vie, me semblait si lourde à porter…


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://x-smartie-s-x.skyrock.com/
Kira Vlasievski

avatar

Messages : 68

MessageSujet: Re: « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]   Sam 27 Mar - 15:41

J'aime penser que les personnes qui viennent au cimetière ont toutes perdu quelque chose. Qu'il s'agisse d'une personne, d'eux-même ou tout simplement de réponses, ils sont tous à la recherche de ce qui fait défaut à leur vie.
J'ai très tôt perdu mon père, pas physiquement non, mais il ne vivait plus depuis la mort de cette inconnue qu'était pour moi Maman. Papa mangeait peu, se déplaçait tout autant, il ne parlait que lorsque sa musique ne suffisait plus à exprimer ses requêtes les plus nécessaires et ne témoignait à son entourage (simplement constitué de son fils et de sa mère) qu'un intérêt limité. De Papa, je ne me souviens que du son de son violon, de ses sempiternelles larmes le 8 février, mais surtout de sa silhouette : celle d'un homme jeune, déjà courbé comme un vieillard que le poids de son existence solitaire semblait accabler davantage de jour en jour. Son ombre fantomatique supportait en permanence une grande et vieille pelisse rappée qui trainait au sol, laissant derrière elle des nuages de poussière.
Aussi loin que je me souvienne, Papa a toujours porté ce manteau. Au fur et à mesure des années, le bas de la redingote rapetissait dangereusement et Annouchka retrouvait fréquemment des morceaux égarés du vêtement. Petit, je me représentais certes les souvenirs comme des bribes de passé mais comme la notion d'immatériel m'échappait, je leur avais attribué une forme physique, concrète et connue, celle des lambeaux du manteau de Papa. Ainsi, lorsqu'Annoucka les jetait par mégarde, elle n'emportait pas seulement des débris de tissu, mais aussi les vestiges de la mémoire de Maman. C'était sans doute la raison pour laquelle Papa tenait tellement à ce qui avait sans doute été autrefois un somptueux vêtement : la décès de Maman l'avait plongé dans une profonde affliction et Papa se savait condamné à vivre en subissant sa perte. A défaut de parvenir à la supporter, il avait décidé de l'oublier et le jour où son manteau ne serait plus qu'un voile insaisissable, ce jour là marquerait la mort définitive de Maman puisqu'elle disparaitrait aussi de son sanctuaire alors éternel, l'esprit de Papa.
Qu’importait ce que Maria Praskovia pouvait dire, moi je savais qu’au milieu de ce semblant d'univers, symbole d'opulence et de richesse, Papa serait là, debout devant le cadre de la colossale fenêtre de la salle de réception, son archet dans la main droite et qu’il poserait toujours sur moi son regard embué comme si, au fond, je ne représentais pour lui qu'un des lambeaux de son grand manteau gris, un de ceux qu'il serait parvenu à retrouver et dont il ne pourrait jamais se débarrasser.

Maria Praskovia est ensuite morte de vieillesse, et puis, il y eut Lena.
Hors de notre enclave que la mort et le désespoir habitaient, Lena était la seule personne véritablement vivante que j'aie jamais connue. Pendant ma maladie, je l'imaginais veillant au dessus de mon lit, m'enveloppant de son regard candide, comme si elle n'était jamais partie. De ma rencontre avec elle jusqu'à cette nuit fatidique, je me suis constitué lentement, de souvenir en souvenir, de lambeau en lambeau jusqu'à ne plus être qu'une somme matérielle d'instants passés avec elle. Je n'existais que par rapport à elle et lorsqu'elle disparut soudainement, tous mes lambeaux s'envolèrent brutalement. Je n'étais plus rien : plus que Papa, Maria Praskovia ou Lena, je me suis moi-même perdu ce soir d'octobre 1635, et c'est sans doute en vain que je déambule aujourd'hui dans ce cimetière abandonné.

Il n'y a plus de crépuscule ou de jour, plus de soleil ni de vie. J'erre, piégé dans une aube interminable, comme si le jour ne devait jamais se lever à nouveau pour moi. J'attends ce moment parce que je sais que ce Soleil sera le plus beau, le plus lumineux parce qu'il sera le dernier.
Je n'avais pas retrouvé Lena et le temps passait sans qu'aucun instant ne s'imprime dans mon crâne désespérément vide pour y devenir un lambeau, un de ceux qui me rendraient mon identité. Les jours succédaient aux jours, je ne me faisais désormais plus d'illusions sur cette soirée qui ressemblerait finalement à toutes les autres : la Lune réfléchissait la blancheur terne de ma peau et éclairait faiblement mon regard sombre. Il semblait faire froid (du moins, je le suppose), mais je ne sentais pas sa morsure glacée : toute chaleur avait depuis longtemps quitté mon corps, j'étais vide, vide et seul.
Un bruit sourd retentit alors. Je redresse la tête et le vent apporte avec lui l'odeur reconnaissable entre mille d'une humaine. Je l'observe quelques instants, mais, et j'ignore pourquoi, je me sens inexorablement captivé par elle. Ce n'est pas le manque de sang qui me conduit, ni l'irrépressible désir d'en faire ma proie. C'est autre chose. Je reste à quelque mètres d'elle, je ne tiens pas à la faire fuir, puis, sans réfléchir, je lâche :


« Vous êtes perdue ? Ou bien est-ce vous qui avez perdu quelque chose ? »

C'est comme si Lena parlait à travers moi, ces paroles ne sont pas les miennes et tous les lambeaux jusque là lointains, se rassemblent à nouveau autour de moi. Des siècles de souvenirs ressurgissent alors, libérés du silence et de l'oubli auxquels ils étaient condamnés. Elle semble triste, si triste que sa peine envahit tout autour. J'ai la sensation de pouvoir la comprendre, comme si, à son contact, je redevenais moi-même un peu humain. Je meurs d'envie de connaître la cause de ses pleurs (et mon pouvoir de télépathie me le permettrait) mais cela tairait alors la curiosité qui m'anime pour la première fois depuis des centaines d'années.
Je remarque alors qu'elle se tient prostrée sur une tombe. Eclipsé par la seule présence de la demoiselle, ce détail ne m'avait jusque là pas frappé. Je lis le nom gravé sur le marbre que le temps a marqué de son sceau : Bowen. Bowen. Je frémis en m'apercevant que je viens de le murmurer inconsciemment. Ce n'est pas la couleur de ses cheveux que je vois malgré la pénombre, ni ses vêtements peu communs qui m'appellent. Ils semblent masquer quelque chose de plus profond, quelque chose dont elle-même n'aurait pas conscience, quelque chose que je perçois sans parvenir à l'identifier et qui me captive inexplicablement. Nous sommes deux chiens égarés, perdus dans un univers qui ne nous appartient pas. Tout en nous hurle notre désir d'y échapper. Sans maîtres, condamnés à la solitude et à l'exil, nous n'avons d'autre moyen que de trouver nos semblables. Je sais que ma quête est vouée à l'échec : je fuis les vampires, reflets horrifiques de mon âme damnée, et la seule personne en 400 ans qui me ressemble est une humaine fragile et perdue :


« Venez. Il ne sert à rien de pleurer les absents. Aucun homme, vivant ou mort, ne saurait être digne de la désolation qui vous habite. »

Je suis un imbécile. J'ai la prétention de croire que je pourrais être cet « homme » comme si j'étais encore capable d'humanité, et si je ne le suis pas, j'espère qu'elle pourra trouver en moi et en ma nature bestiale tout ce qui manque aux humains. Je lui tends la main, une main froide dont le contact glacé la repoussera sans doute. Un instant, j'oublie ma condition et ma nature de vampire, comme si je n'appartenais plus à ce monde là. Je me trouve irrésistiblement attirée par cette jeune fille qui semble supporter une ombre bien trop grande pour elle, et finalement, ma main ne semble plus être qu'un simple reflet de la fascination qu'elle exerce malgré elle sur moi. Cette pensée me terrifie : quel pouvoir as-tu désormais sur moi, miss Bowen ?

J'ai eu tort de penser que cette soirée serait insipide.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gwenael Bowen

avatar

Messages : 10
Age : 29

MessageSujet: Re: « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]   Ven 20 Aoû - 18:29

    Depuis l’enfance, j’ai été poursuivie par le même vide lancinant qui faisait de ma vie une épave morale. J’étais toujours à la poursuite d’une chose dont j’ignorai même l’existence. J’étais à la poursuite de rêves, à la poursuite d’une vie que je n’avais pas. J’étais à la poursuite d’idéaux, je voulais me battre pour mes principes mais mon avis change selon mes humeurs, donc je ne parviens même pas à être fidèle à mes idées. Il y avait néanmoins une chose que je faisais toujours avec ardeur : je recherchais les sentiments, sans cesse, bon ou mauvais du moment que je ne me sentais pas complètement dénuée de tout. Alors malgré le malaise qui me poursuivait sans cesse, je cherchais des amis, des ennemis… Je guettais surtout l’inspiration, celle qui faisait que je pouvais penser à des tas de choses diverses et pas toujours ruminer le fait que je n’aie aucune consistance.
    Je pense que c’est ça qui m’a destinée à écrire. Je devrais d’ailleurs profiter de ce noyau émotionnel qui a grandit en moi ces derniers jours pour me mettre aux mots… N’importe lesquels, je m’en fous, du moment que je me lâche d’une manière ou d’une autre. J’ai besoin de ça. J’ai besoin de pouvoir écrire sur du papier ou sur un clavier, parce que dans ces cas là, j’ai l’impression d’exister pour quelque chose. Pendant un instant j’ai la sensation de vivre et d’être pleine de cette chaleur parfois douloureuse nommée sentiment. Handicapée émotionnelle, peut-être, mais pourtant ce sont les émotions qui alimentent mon moteur, qui me font avancer qui me font réfléchir, me remettre en question et ne pas être qu’inutile… Ne pas être que la création vaine de mes parents.

    J’inhale la vie par ce que les gens m’offrent comme sensation. La moindre caresse corporelle ou morale me fait réfléchir pendant des jours. J’y travaille, façonne des histoires sans sens que je suis la seule à comprendre réellement. Beaucoup de personnes disent que je devrais exploiter ma passion. Beaucoup me disent que je devrais écrire un livre et le publier, même si ça ne fonctionne pas, même s’il tombe dans les tréfonds des bouquins non lus. Mais je n’y parviens pas. Je ne suis jamais satisfaite de rien, j’aurais trop peur d’un échec, car je ne m’en relèverai jamais… J’ai peur de ne plus savoir aligner deux mots après ça. Je me méprise, je ne veux pas me haïr.
    Et maintenant que j’ai perdu « ma muse », comment faire ? J’ignorai que tant d’heures pouvaient détruire un être. C’était la seule qui me donnait les émotions dont j’avais besoin pour parler. Je me lamenterai de son absence pendant des heures mais mes écrits prendront une teinte morbide, jusqu’à ce que le vide revienne, inexorablement. Parce qu’il revient toujours, vu que je suis une pièce entièrement ouverte qui ne parvient jamais à garder quoique ce soit en elle hormis ses secrets puérils dont elle aurait pu se débarrasser sans crainte.

    J’aurais voulu être une fille merveilleuse aux yeux de mon père. Même à présent qu’il n’est plus parmi nous, c’est lui qui me réconforte, qui fait que je me bas. Je voudrai être à son image, je voudrai être quelqu’un de fort et d’obstiné. Mais non. Je suppose qu’être une fille forte, ce n’est pas être une fille qui retourne au cimetière dés que le moindre de ses petits problèmes lui paraît insurmontable. J’aurais voulu qu’il soit toujours là pour me serrer dans ses bras, caresser ma nuque avant de me rebooster et me pousser à avancer. Je ne sais plus si je pleure l’absence de Angelika, de mon père ou d’un être capable de comprendre mes mots, si pas, de les supporter et de m’aider à vivre avec.
    J’aurais voulu pouvoir créer de mes propres mains celui ou celle qui m’aurait sortie de cette vie qui me fatigue alors qu’il ne s’y passe rien. Même lorsqu’il s’y passe quelque chose, c’est une chose de trop qui me dévaste entièrement et me fait me lamenter sur toutes les choses difficiles que j’aie vécues. J’ai une vie banale, et je déprime comme une adolescente. Je me demande parfois comment je parviens à me supporter, moi l’exemple type des personnes qui m’exaspèrent, mal dans leur peau et un peu incernables car trop paumées pour se cerner elles-mêmes.

    Si j’avais pu vraiment choisir mon idéal, j’aurais sélectionné quelqu’un qui me surprendrait, quelqu’un en marge des règles habituellement imposées. J’aurai voulu qu’un seul de ses regards puisse me dévaster, puisse me dérouter, me faire détourner le visage. J’aurais voulu une personne avec qui discuter toute la nuit de nos goûts respectifs. Me disputer gentiment, ne pas avoir peur de dire ce que je ressens quand je le ressens. Ce que je n’ai jamais su faire. Une telle personne n’existe donc pas, et peut-être que c’est tant mieux. Le bonheur ne réside sans doute pas dans l’image qu’on se fait de lui, mais dans ce qu’on n’aurait même jamais imaginé.

    Et c’est à ça que je pense en fixant cette silhouette sombre. J’ai besoin de rencontrer des gens, j’ai besoin de sortir de ce que je me suis façonné avec elle. Je voulais qu’elle m’aime même si moi j’ignorais l’amour comme j’ignore toujours le goût du caviar. Je voulais qu’elle ne regarde que moi alors qu’on était qu’amies, parfois amantes. Je n’avais pas la sensation qu’elle me comprenait, mais au moins je savais qu’elle était là. Et tout le reste de mon monde s’effondre alors que je me rappelle qu’elle « a disparu ». Mon souffle se coupe à nouveau, mes entrailles sont serrées dans un étau et une boule douloureuse se forme dans ma gorge.
    Le cimetière semble disparaître à mesure que ces pensées me dévorent. Peut-être n’est-ce pas elle qui me manque mais la sensation d’être aimée. Cette idée me rend d’autant plus ignoble à ma vue. Mais mon sentiment de douleur s’atténue un peu. La silhouette s’approche. Un peu. Quelques mètres me séparent d’elle, et mon regard se pose sur ses pieds. Sa voix s’élève dans le silence épais de la nuit et ma curiosité s’attise davantage. Je lève un peu le visage, mes mèches s’écartent un peu de celui-ci.

    J’ignore si c’est le désespoir qui fait s’animer mes pensées, mais sa voix me touche, me soulage. C’est comme s’il calmait la souffrance que me procuraient mes plaies. Ses traits fins et pâles auraient glacé le sang de nombreuses personnes - même si la beauté émanait de lui de manière presque irréelle – mais il réchauffait le mien et j’ai presque la sensation de revenir d’entre les morts. Je rêvais d’une rencontre différente et ses mots me semblent irréprochablement adaptés à mes désirs. Je devrais me méfier… Nulle personne ne penserait à adresser la parole de cette manière à qui que ce soit… Surtout dans un tel endroit et à une telle heure.
    La ville de New York devient la porte de l’enfer une fois que le soleil se couche. Lieu de tous les vices, les lieux revêtent leurs parures malsaines qui inquiètent et troublent. Je n’aurais jamais du venir ici si tard. Je tente de m’en convaincre alors que mes yeux restent posés sur cet être trop proche et trop lointain à la fois. Et même si mon corps se réchauffe, de multiples frissons caressent l’entièreté de mon corps. Mon gilet ne me suffit plus, peut-être que mes lèvres ont bleui… Comment puis-je lui offrir un tel spectacle sans avoir honte et comment peut-il me fixer sans même se moquer de mon apparence misérable ?

    J’ignore ce qu’il lit sur mon visage, mais j’ai la sensation qu’il a tout compris. C’était comme s’il devinait chaque parcelle de mon être. Comme s’il avait saisi dans un seul regard l’essence même de ma vie. C’était peut-être le peu d’espoir qui m’animait encore qui me faisait rêver cela. Mais tant pis. J’étais à la poursuite de rêve, je compte saisir celui-là. Même si je finis déçue. Peu importe. Je ne suis plus à une déception près. Il parle à nouveau d’une voix douce dont je devrais me méfier. Mais ses paroles m’achèvent, et peu importe les milles raisons de me méfier qui m’apparaissent à l’esprit. Je ne veux plus passer à côté de la vie. La vie c’est les risque, je veux courir ce risque là. Sa main se tend vers moi mais c’est comme si mon âme voulait se réfugier à l’opposé de lui, tout d’un coup. Comme si j’avais peur que son contact physique puisse lui en faire comprendre davantage sur moi. Je rêve d’une personne qui me comprenne et maintenant j’en ai peur. Tellement pathétique, surtout qu’il ne s’agit là que d’hypothèses sans sens… On ne peut pas deviner l’essence d’une personne par un simple regard. C’est impossible.

    Une seule réponse me vient à l’esprit, même si je la garde pour moi :
    Venez… Venir où ?

    Je me sens soudainement pitoyable. Je voulais qu’on me parle de manière si vaste, qu’une personne me parle un jour de cette manière énigmatique. Mais maintenant, me voilà confrontée au fait que je ne l’ai pas « la réponse à l’énigme ». Pourquoi rêver d’une personne particulière, si nous ne sommes que particulièrement banal. Je voulais être comme ça. Je ne le suis pas. Je ne peux pas combler son attente. Alors je me tourne à moitié, pose ma main sur la pierre tombale afin de m’aider à me relever sans prendre cette main tendue vers moi. Mais je n’y résiste pas longtemps, et je l’attrape tout de même. Ses doigts sont plus glacés que les miens. Je me relève avec son aide mais ne parviens pas à le lâcher une fois dressée face à lui. Mon regard reste fixé sur ces doigts pâles qui entourent les miens puis je retire doucement ma main de la sienne. Mes yeux se lèvent vers son visage bien plus près à présent.

    Je voudrai ouvrir la bouche pour rattraper les paroles précédentes que je n’ai, heureusement, pas dites. Je ne veux pas qu’il me prenne pour ce que je suis : une idiote perdue, larguée, paumée au milieu de souvenirs qui s’effacent. Mes mots restent cependant calés dans ma gorge. Je détourne le visage et, maladroite, je souffle :

    - Je me suis perdue moi-même.

    Ses mots me reviennent, laissent un écho en moi et je relève difficilement le visage. Mes yeux le scrutent, même si je me sens mal à l’aise. Ses iris sombres m’envoutent malgré moi, je me sens forcée de prendre à nouveau la parole alors que j’ignore même que dire pour ne pas lui paraître stupide.

    - Et vous ? Vous êtes là pour récupérer ce que les gens perdent, peut-être ?

    Echec total. J’aurai au moins pu réfléchir avant de lancer des paroles aussi ridicules. Mais je n’ai pas la force de réfléchir justement. Mon esprit est dans le vague total, je me sens désarmée, perdue, au point de ne même pas avoir peur. Pourtant cette curiosité persiste, s’installe, s’empare de moi.

Et c’est comme si j’avais peur de sa disparition, à lui aussi.
Qu’il ne soit qu’une chimère ou bel et bien réel.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://x-smartie-s-x.skyrock.com/
Kira Vlasievski

avatar

Messages : 68

MessageSujet: Re: « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]   Sam 22 Jan - 22:59

Maria Praskovia en impose par ses yeux. Ce détail m'a semblé évident alors que je n'étais encore qu'un enfant. En raison de sa forte corpulence, elle ne se déplaçait que peu, et à défaut d'arpenter une pièce vainement, elle se contentait de balayer méthodiquement l'endroit du regard afin de retrouver l'objet duquel elle était à la recherche. Maria Praskovia portait dans son regard la précision, la minutie, mais aussi la rudesse et la détermination des hommes de pouvoir. Elle n'avait jamais vraiment été jolie aux dires de Papa et la vieillesse avait creusé des sillons sur son front, blanchi ses cheveux qu'elle peinait à rassembler en un chignon difforme et finalement, avait achevé de souligner durement ses traits déjà marqués. Mais malgré ce visage ingrat, tout le monde ne s'attachait véritablement qu'aux yeux de Maria. A la tête du clan, elle ne possédait qu'une forme d'intelligence très pratique et ne brillait pas par ses traits d'esprit. Maria saisissait l'instant : en effet, la pupille de ses prunelles brunes avait l'étrange particularité de se rétracter lorsqu'une intuition soudaine la frappait, dévoilant ainsi un liseré doré qui les cerclaient.
Mon père lui, en impose par ses mains. Papa avait cessé de vivre depuis longtemps et son corps, lentement, s'était figé, à l'image de ses sentiments. Ses yeux las ne se détachaient du sol que lorsqu'un bruit soudain lui parvenait, mais il ne daignait pas détourner la tête pour autant. Il s'ébranlait d'un seul bloc, comme une montagne, la tête enfoncée le cou et ses pas résonnaient dans toute la pièce. Papa était devenu un fossile et seul le violon possédait le pouvoir de le ramener à la vie. Lorsqu'il saisissait son archer et invoquait le souvenir de maman, ses longs doigts engourdis sortaient de leur torpeur et semblaient soudain s'animer. Papa tirait de son violon des mélodies déchirantes et ses doigts devenaient alors les interprêtes des lamentations tues de son coeur. Ils destinaient ces suppliques à celle qui, malheureusement, ne les entendrait plus jamais.
La jeune fille qui se tenait devant moi n'en imposait ni par ses yeux, ni par ses mains, ni par sa bouche comme Lena. Je me surprenais à détailler son visage alors que je ne prêtais pas la moindre attention à celles qui mouraient dans mon lit. Miss Bowen n'en imposait pas par son physique, elle en imposait par quelque chose de plus fort et de plus pénétrant : son humanité. Elle irradiait de complexité et sa tristesse la magnifiait. J'avais rencontré beaucoup d'humains depuis ma transformation, mais je n'avais trouvé chez personne ce qui habitait Miss Bowen ce soir là. Elle symbolisait alors tout ce qui m'avait fait défaut depuis le début de ma non-vie. Frêle, drapée dans des émotions qui la submergaient, Miss Bowen se perdait dans un monde intérieur trop vaste pour elle et pour n'importe quel homme. Moi, je suis éternel. Il y a longtemps que mon corps n'est qu'une enveloppe creuse, habitée par la folie et le néant. Plus rien ne m'affecte, ni l'ivresse d'une nuit, ni la beauté du clair de Lune, comme si avec ma vie, Lena avait aussi aspiré mes sentiments, mon âme et la vulnérabilité qui rendait Miss Bowen lumineuse. Que pouvais-je encore craindre, par quoi pouvais-je encore espérer être ému quand 400 ans de solitude avaient érodé des sensations qui ne m'évoquaient à présent que les termes qui les recouvrent ?

Je me rends alors compte que je ne connais de Miss Bowen que son nom de famille, volé au hasard d'un coup d'oeil indiscret sur la tombe de son père. La décence et la discrétion m'empêchent de m'infiltrer dans ses pensées pour enfin connaître son prénom, mais j'en crève d'envie. Alors, et pour la première fois depuis de nombreuses années, je bénis mon don de télépathie alors qu'il me rappelle sans cesse ma condition de vampire.
Elle s'appelle Gwenael. Condamné au silence et à l'ennui, les seules sonorités dont je me souvienne réellement sont les sonorités russes de mon enfance. A côté d'elles, Gwenael a quelque chose de doux, d'aérien, d'impétueux aussi. Gwenael m'évoque les symphonies pour violon de mon père. Dès lors, elle se trouve associée au violon, lien ténu entre ma vie humaine et vampiresque.
Je réalise alors qu'elle n'est pas partie, je ne l'ai donc pas effrayée et mieux encore, elle m'a répondu :

« Plus encore que pour récupérer ce que les gens ont perdu, je suis là pour autre chose. J'ignore pourquoi mais il me semble que je suis là pour vous. »

Alors, un sentiment que je pensais avoir oublié, faute de l'avoir éprouvé, m'étreint. J'ai peur. Je crains par dessous tout qu'elle parte, croyant faire face à un déséquilibré sérieusement atteint. Excuse-moi Gwenael. Si je ne fais rien comme tout le monde, c'est aussi à cause de la fascination que tu exerces sur moi. Je redoute de compromettre ce que j'ai, sans le savoir, attendu durant toute mon existence. A travers elle, je rassemble des fragments d'humanité perdue et il me semble que cela pourrait consituer l'unique moyen de rester à ces côtés.
Soudain, alors que je perdais dans la contemplation de son visage, je ressentis l'appel du sang. Comme toujours, le temps semblait se dilater et mes tempes battaient lourdement au rythme de mon coeur éteint. Comme toujours, mes crocs s'allongeaient lentement, je serrais les dents à m'en briser la mâchoire, la frustration crispait mes traits bienveillants quelques instants auparavant. Mais à cette sensation pourtant connue, s'ajoutait ce soir là une violence inouïe. Je percevais chaque infime vibration, chaque bruissement furtif, chaque changement d'atmosphère comme si les bruits sourds du vivant entraient et se fondaient en moi. Le monde n'était plus qu'ombres : elles tournoyaient, entraînées dans un indescriptibles et chaotique ballet. Mes yeux se voilaient, ma poitrine se soulevait brusquement, l'envie de sang devenait irrépressible et, comme la veille, je divaguais. Miss Bowen m'apparaissait étendue au sol, livide. Je me voyais l'approcher et soulever son bras d'un lourdeur caractéristique des cadavres. Désespéré, j'allais embrasser son cou blanc lorsque je constatais deux trous sanglants sur sa gorge immaculée. Je reculais, effrayé, trébuchais même avant de la voir s'enfoncer lentement dans la tombe qui portait désormais son nom.
Mais, alors que tout disparaissait alentour, je sentais pourtant le regard de Gwenael transpercer mon âme damnée. Je me retournai, dos à elle, de sorte qu'elle ne puisse être témoin de l'horrible métamorphose dont j'étais victime :


« Vous ne devriez même plus parler avec moi. Partez miss Bowen, partez, je vous en conjure. Vous ne pouvez imaginer les dangers que vous courrez en restant à mes côtés. »

Reste Gwenael. Reste ou je suis perdu. Toutes mes craintes jusqu'alors seulement esquissées se concrétisent brusquement et de la pire des manières qui soit. L'obscurité des lieux, mes paroles affligées et la scène terrible qui se prépare lui ordonnent de partir. Au fond de moi, et même si la logique tendrait à démontrer le contraire, je me surprends à penser qu'elle restera pour une raison que j'ignore. J'ai eu tort de penser que je pourrais trouver une échappatoire à l'existence à laquelle on m'a condamné.

Nous sommes désormais liés Gwenael Bowen. J'ai attendu cette malédiction toute ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gwenael Bowen

avatar

Messages : 10
Age : 29

MessageSujet: Re: « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]   Jeu 8 Déc - 21:28

Donnez-moi une raison de ne pas penser que je ne fais que rêver.

    Depuis quatre jours, le monde s'est arrêté de tourner pour moi. Dieu sait pourtant qu'il était déjà extrêmement ralenti depuis longtemps. Mais ma conscience de l'extérieur s'est éteinte avec la disparition d'une personne qui vivait aussi vite que je vivais lentement. Et j'ai perdu notion des gens, j'ai perdu notion des secondes qui s'écoulent, j'ai aussi perdu notion des éléments climatiques, de la pluie, du soleil... Et même si le froid usait mes joues pâles, et même s'il gerçait mes lèvres fines. Et même si le vent me frappait le visage au point d'en faire pleurer mes yeux... Plus rien ne m'atteignait. Une loque sans âme qui errait sans plus rien ressentir que le sol sous ses pas, ses pieds trop lourds écrasés par son poids, écrasés par sa fatigue. Le monde s'était arrêté, oui. Mais me voilà.

    C'est au milieu d'un cimetière, éloignée des bâtiments usés de cette ville sinistre, au centre d'allées de maisons mortuaires. C'est ici, face à l'inconnu, face à la sombre nuit, que mon esprit s'éveille et reprend conscience de ce qui m'entoure. Je ressens sur ma peau un froid qui la sèche. Je ressens la pression d'une légère brise. Mon esprit s'éveille et découvre un temps étrange. La brume couvre le monde, au loin. Et c'est comme si l'univers n'existait pas. Comme si la partie de celui-ci où je me trouvais tout de suite était abritée d'une cloche de verre. Comme si au-delà de cette surface transparente, rien n'était réel. Et cet instant fait naître un sentiment dévastateur en moi. Il se répand dans mes veines comme un poison, il atteint chaque parcelle de mon corps, jusqu'à la moindre cellule. Ce sentiment se définirait par une beauté telle qu'elle en est effrayante. Cela fait-il de moi une fille égocentrique de penser cela ? De penser que le monde ne se limite qu'à moi et mes perceptions de celui-ci ? De penser qu'au delà de cette lourde brume, il n'y a personne, ni désillusion, ni tristesse, ni douleur... ? Je l'ignore. J'ignore bien des choses en cet instant.

    Toi, inconnu. Toi qui semble prendre l'apparence de mon ombre de part ce que je décèle sur ton visage - pourtant si lisse... Une apparence sombre, lourde. Toi, la seule entité réelle ou factice de mon univers, saurais-tu répondre à mes questions surréalistes ? Pourriez-vous me dire comment nous pourrions être sûrs de l'existence du reste du monde ? Comment nous pourrions être sûrs de l'existence de choses que nous ne voyons pas, que nous ne touchons pas, que l'on n'entendons pas ? Et si le monde se limitait aux frontières de ce que l'on voit, que vous disparaîtrez à l'instant même où vous quitterez ma simple vue. Cette idée me rassure autant qu'elle m'effraye, elle me permet de ne pas vous craindre, mais aussi de craindre votre départ de mon monde trop plat, trop morne, qui s'agite sous une nouvelle lumière – certes obscur – depuis que votre regard s'est posé sur moi. Moi qui suis si faible, si inutile et quelconque.

    Si le monde n'existait pas. Si tout n'était qu'une simple chimère. Comment puis-je être sûre de l'existence de choses qui ne sont pas en relation avec moi-même ? Je ne suis pas du genre à croire aux théories du complot, mais comme d'habitude je ne peux m'empêcher de penser. Je pense et me dis qu'on ne peut décidément être sûrs de rien. Pas même de soi-même. Est-ce vraiment votre main que je viens de toucher ? Est-ce vraiment vos yeux que je viens de croiser ? Rien n'est moins sûr car en cet instant, pour moi, rien n'est plus irréel que votre présence soudaine dans mon univers si carré.

    Et pourtant. Ces secondes revêtent l'apparence d'un livre de part son côté si... Étrange, hors du commun. Ne devrais-je pas m'éveiller réellement et partir tant qu'il est encore temps ? Depuis quand je ressens cet attrait du danger ? Depuis quand une telle adrénaline m'empêche de fuir les problèmes ? Depuis quand suis-je devenue différente des autres en osant des choses que n'importe quel être humain aurait l'intelligence d'éviter soigneusement ? Qu'est-ce que je fais face à un détraqué pareil qui parle en énigme, comme s'il se croyait sortit d'un film fantastique ? Que fais-je à fixer ce visage si différent du mien ? Vous qui êtes si propre, si soigné, dans un endroit si sombre et triste... Comment puis-je croire à un quelconque soupçon ne normalité en vous ?

    Je l'ignore. J'ignore tout puisque la réalité me fait peur.

    Et pourtant de ces lèvres aussi pâles que la mort, s'échappent des mots qui devraient me glacer le sang. « Pour moi ? » Et un sentiment indéfinissable recouvre l'entièreté de mes perceptions, et au lieu de sentir une peur m'envahir, ou au moins une quelconque incompréhension, ma faiblesse fait que je ressens une légère chaleur se disperser. Si stupide et enfantine, si puérile, à avoir envie de sourire et de s'exclamer de joie à une simple parole, une simple marque d'attention. Qui pourrait franchement croire qu'une telle personne puisse être là... Pour moi ? Moi, Gwenaël Bowen, silencieuse sur son âme, discrète et tapisserie pour toute personne constituant son entourage ? Moi, Gwenaël Bowen si seule et sans fonction ? Moi, Gwenaël Bowen, qui ne mérite pas même un regard ? Moi... Si adolescente dans mes déprimes sans fondement, mes réflexions sur le monde, mes sentiments face aux éléments qui le constituent...

    J'aimerais agiter la tête négativement en riant de cette stupidité, pourquoi seriez-vous là pour moi autrement que pour une fille sans importance qui se ferait agresser la nuit pour avoir trop traîné dehors ? Je ne ris pas, je ne pars pas non plus, parce que mon regard s'est figé, parce que mes yeux ne vous quittent pas, parce que mon estomac se sert et ça y est, j'ai vraiment peur. Un semblant d'ombre passe sur votre visage, je recule d'un pas et la seconde partie de vos mots me trouble. «  Miss Bowen ». J'essaye de me convaincre qu'il s'agit juste d'une déduction de votre part, de part le nom inscrit sur cette tombe usée de mes larmes éternelles. Et au lieu d'approfondir mon inquiétude, encore une fois, une curiosité que je ne me connaissais pas me pousse à rester.

    «  Tout va bien ? »

    J'avance d'un pas alors que vous vous êtes retourné, niant mon image pitoyable, et c'est inconsciemment que ma main se pose sur votre dos sans même que je ne réfléchisse à cet acte. Comment puis-je m'inquiéter ? Vous n'êtes rien pour moi qu'une ombre qui disparaîtra comme le brouillard.

    «  Vous avez les mains glacées... Vous allez attraper froid.  »

    Et j'ignore ce qui transperce dans ma voix, ni peur, ni la proposition malsaine qui pourrait sous-entendre mes mots. Je ne pense pas faire ressentir cette curiosité qui m'a étreinte. Et je me rends compte que jamais votre présence ne m'a parue hostile, et que je me base sur des sentiments si factices en somme... des sentiments qui ne ressemblent qu'à de l'instinct et une profonde inconscience . Alors je m'accroche au fait de mon sentiment précédent, je m'accroche à vous comme à une bouée, je m'accroche avant que vous ne disparaissiez comme mon père, comme Angel, et comme toute personne en qui j'aie pu compter. Alors ma voix transperce le lourd silence de la nuit, dans un faible souffle, fragile...


    «  Ne me dites pas que je risque plus avec vous qu'en retournant à ma solitude. S'il vous plaît. »


    J'essaye de me convaincre que vous êtes cruel de profiter de mon instant de faiblesse pour me faire agir de la sorte. Mais je n'arrive même pas à ressentir la moindre aversion envers vous. Je retire ma main de votre dos et pince faiblement les lèvres.

    «  ... C'est vrai, je devrais m'en aller. »

    Essayant de m'autoconvaincre, je me de votre silhouette sombre pour entreprendre une marche qui pourrait peut-être me sauver. Et je résiste douloureusement à l'appel silencieux de mon envie de vous rejoindre. Je remets ma capuche en priant sans me l'avouer que vous me rattrapiez. Peu importe les risques que j'encoure.

    Peut-être que le monde n'existe pas, et que à mesure que je rejoins la brume, c'est moi qui disparaît du vôtre.


Et mon existence ne m'a jamais parue si insignifiante et irréelle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://x-smartie-s-x.skyrock.com/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: « When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]   

Revenir en haut Aller en bas
 
« When we bleed, we bleed the same [PV Gwenael =D]
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Charlie + when we bleed, we bleed the same
» Radio Grand Escargot 3.0
» 05. A very private show for a very special judge
» Make me bleed - Yvan-
» (théo/oliver) + until we bleed.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Requiem For A Dream :: •• AMERICA :: ♠ n . e . w . y . o . r . k :: ▲ Cimetière de GreenWood-
Sauter vers: